Vous avez expliqué, calmement, ce qui vous avait blessé(e). Et en face, vous avez reçu : « Tu exagères », « Tu fais toujours un drame », « Et toi alors, l'autre jour ? », ou simplement un silence. Aucune excuse. Parfois, c'est vous qui vous retrouvez à dire « pardon » pour que la tension retombe. Dans le fond, une question revient : pourquoi est-ce si difficile pour certaines personnes de dire « je suis désolé(e) » ? La réponse est rarement l'orgueil, et elle ne dit pas forcément que l'amour n'est plus là.
Culpabilité ou honte : la différence qui change tout
C'est le point de départ, et il explique la majorité des situations. Les chercheurs qui travaillent sur les émotions morales, notamment June Tangney et ses collègues, distinguent deux ressentis qui se ressemblent de loin mais qui produisent des effets opposés. La culpabilité porte sur un comportement : « j'ai fait quelque chose qui a fait du mal ». La honte porte sur l'identité : « il y a quelque chose qui ne va pas chez moi ».
| Dimension | Culpabilité | Honte |
|---|---|---|
| La phrase intérieure | « J'ai fait quelque chose de blessant. » | « Je suis quelqu'un de mauvais. » |
| Ce qui est visé | L'acte, qui peut se réparer. | La personne entière, qui ne se répare pas. |
| Le réflexe | Aller vers l'autre, réparer, s'excuser. | Se cacher, se défendre, éviter, attaquer. |
| Le lien à l'empathie | On reste tourné vers la douleur de l'autre. | On est happé par sa propre douleur, il ne reste plus de place pour celle de l'autre. |
| Ce que l'autre voit | Une personne qui assume. | Une personne froide, fermée, parfois agressive. |
Pour quelqu'un qui fonctionne avec la honte, dire « pardon » n'est pas un geste anodin. C'est reconnaître, à l'intérieur, qu'on est « celui ou celle qui a mal fait », donc, croit-il ou elle, quelqu'un de défaillant. Ce ressenti est si désagréable qu'il déclenche aussitôt une défense. L'excuse n'est pas refusée par mépris : elle est bloquée par la peur de ce qu'elle dirait de soi.
Cela explique un paradoxe que beaucoup de partenaires décrivent : la personne qui s'excuse le moins est parfois celle qui supporte le moins d'être critiquée. Plus elle est sensible au reproche, moins elle peut reconnaître ses torts, car chaque tort reconnu ressemble à une condamnation. Du dehors, cela ressemble à de la mauvaise foi. Du dedans, c'est de la protection.
Cette lecture ne justifie rien : elle n'enlève pas la blessure de celui ou celle qui attend des excuses. Mais elle change la façon d'aborder le problème. On ne cherche plus à « faire reconnaître la faute » par la force, on cherche à rendre l'excuse moins dangereuse.
Les réactions défensives typiques : minimiser, contre-attaquer, changer de sujet
Quand l'excuse est bloquée, la défense prend le relais. Le chercheur John Gottman, qui a étudié des milliers de couples, range la défensivité parmi les comportements qui abîment le plus la communication, ces réponses à une plainte qui suggèrent que ce n'est pas de notre faute, ou que la faute est celle de l'autre. Elle prend des formes très reconnaissables.
| Réaction | Ce que la personne dit | Ce que l'autre entend |
|---|---|---|
| Minimiser | « Ce n'est pas grave, tu en fais trop. » | « Ce que tu ressens ne compte pas. » |
| Se justifier | « Si j'ai fait ça, c'est parce que j'étais fatigué(e). » | « Ma raison est plus importante que ta blessure. » |
| Contre-attaquer | « Et toi alors, le mois dernier ? » | « Je ne vais pas t'écouter, je vais te rendre la monnaie. » |
| Changer de sujet | « On peut parler d'autre chose ? » | « Ce sujet est dérangeant, évitons-le. » |
| Accuser de trop réagir | « Tu es toujours à fleur de peau. » | « Le problème, c'est toi. » |
| Se braquer ou se taire | Silence, bras croisés, départ de la pièce. | « Tu n'existes plus pour moi à cet instant. » |
| Faux pardon | « Désolé(e) si tu l'as mal pris. » | « Le problème, c'est ta réaction. » |
Ces réactions ont un point commun : elles déplacent le centre de la conversation. On parlait de ce que l'un a vécu, on se retrouve à parler de l'intention de l'autre, de la forme de la plainte, du passé ou du ton employé. Résultat, la personne blessée n'est jamais entendue, et finit souvent par s'excuser elle-même d'avoir soulevé le sujet.
Le « faux pardon » mérite qu'on s'y arrête. « Désolé(e) si tu l'as mal pris » ressemble à une excuse, mais il en détourne le sens : il met la responsabilité sur la réception plutôt que sur l'acte. C'est probablement la forme la plus douloureuse, parce qu'elle donne l'illusion qu'une excuse a été faite, alors que rien n'a été reconnu. Il en va de même pour le « mais » : « Je suis désolé(e), mais tu as aussi... » annule tout ce qui précède. Tout ce qui suit le « mais » sert à se défendre.
Quand la défense dure, elle finit par se confondre avec ce que décrit l'article sur le gaslighting dans le couple, à ceci près que, la plupart du temps, il n'y a pas de volonté de manipuler : la personne se protège sans voir ce que cela produit chez l'autre. C'est pourtant l'effet qui compte pour celui ou celle qui reçoit.
La peur de la position basse : s'excuser, c'est se mettre en danger
Pour certaines personnes, s'excuser revient à se placer en position basse : reconnaître un tort, c'est perdre. Dans leur tête, le couple est un rapport de force discret, et l'excuse est une reddition. Cette lecture, souvent inconsciente, vient d'une expérience précise : celle où montrer une faiblesse a été utilisé contre soi.
Ce qui se rejoue, c'est une forme de peur plus large : la peur de dépendre, de demander, de montrer un besoin. Les personnes qui ne s'excusent jamais sont souvent les mêmes qui ne demandent jamais d'aide, qui n'avouent pas un doute, qui ne disent pas « j'ai besoin de toi ». S'excuser, demander de l'aide, reconnaître un besoin : ce sont trois variantes d'un même geste, celui de se montrer vulnérable devant l'autre.
| Ce que la personne redoute | Ce que cela donne dans le quotidien |
|---|---|
| Perdre la face | Refus de reconnaître une erreur, même minime, y compris sur des détails (itinéraire, rendez-vous oublié). |
| Être jugé(e) comme défaillant(e) | Susceptibilité au moindre reproche, besoin d'avoir raison. |
| Donner du pouvoir à l'autre | Idée que l'excuse sera « retenue contre soi » plus tard. |
| Se sentir dépendant(e) | Difficulté à demander de l'aide, à dire un besoin, à dire « merci ». |
| Rouvrir une ancienne blessure | Réaction disproportionnée à une critique qui rappelle une humiliation passée. |
Quand cette peur est forte, la personne ne s'excuse pas de façon réelle, mais elle peut compenser par des gestes : préparer un repas, faire une attention, reprendre la vie comme si de rien n'était. Ce sont des tentatives de réparation « sans mots ». Elles peuvent être sincères, mais elles laissent l'autre sans la reconnaissance dont il ou elle a besoin. Le geste ne remplace pas la parole, parce que ce qui répare, c'est d'entendre : « j'ai vu ce que cela a provoqué chez toi ».
Vous attendez des excuses qui ne viennent pas, ou vous n'arrivez pas à les dire. Ce n'est pas une fatalité, et vous n'avez pas à le porter seul(e).En parler avec Élodie →
L'héritage familial : les familles où rien ne se nomme ni ne se répare
On apprend à s'excuser comme on apprend à parler : en observant. Beaucoup de personnes qui ne s'excusent pas ont grandi dans des familles où l'on ne s'excusait pas non plus. Les conflits s'éteignaient au bout de quelques jours, sans un mot, autour d'un repas qui reprenait comme avant. Rien n'était nommé, rien n'était réparé, et l'enfant en a conclu que le silence valait réparation.
Plusieurs climats familiaux produisent ce résultat.
Les familles où l'on ne s'excuse jamais. Les adultes n'admettent pas leurs torts devant les enfants, par principe d'autorité ou par peur de perdre leur place. L'enfant apprend que reconnaître une erreur est un signe de faiblesse.
Les familles où l'excuse était punitive. « Excuse-toi tout de suite ! » devant tout le monde, avec humiliation à la clé. L'enfant retient que s'excuser est douloureux, honteux, et il l'évite à l'âge adulte.
Les familles où l'on reprochait sans cesse. Chaque erreur déclenchait une critique globale (« tu es toujours comme ça »). L'enfant a appris que se tromper, c'est être mauvais, ce qui nourrit directement la honte décrite plus haut.
Les familles où les émotions ne se disaient pas. On ne parlait ni de ce qui avait blessé ni de ce qui avait été ressenti. L'enfant n'a pas eu de modèle pour dire « ça m'a fait de la peine » ou « je regrette ».
Les familles où c'était l'enfant qui s'excusait toujours. Pour apaiser un parent imprévisible, l'enfant prenait sur lui. Plus tard, il peut soit s'excuser pour tout (même pour ce qui n'est pas de sa faute), soit ne plus jamais s'excuser pour se protéger de ce rôle.
Ces schémas ne se rejouent pas toujours dans une relation précise, ils sont rarement liés au partenaire actuel ni à la qualité du couple. Mais ils s'y retrouvent, parce que le couple est le lieu où l'on est le plus exposé. Si cette question vous parle, l'article sur la peur de l'abandon montre comment des fonctionnements anciens se réactivent dans la relation actuelle.
L'impact sur le couple : l'invalidation et la charge qui repose toujours sur le même
Pour celui ou celle qui attend des excuses, l'absence de reconnaissance n'est pas un détail. Elle s'accumule, et ses effets sont précis.
Le sentiment d'invalidation. Quand ce que l'on ressent est balayé, on finit par douter de sa légitimité : « Peut-être que j'exagère vraiment ». C'est le mécanisme le plus destructeur, parce qu'il touche à la confiance en sa propre perception.
Une charge relationnelle qui repose toujours sur le même. Si l'un ne s'excuse jamais, c'est l'autre qui fait tous les pas : il ou elle revient, apaise, dédramatise, s'excuse « pour la tension », et accepte de tourner la page sans avoir été entendu(e). C'est une forme de dette silencieuse, comme le décrit l'article sur la dette relationnelle.
Des conflits qui ne se terminent pas. Faute de réparation, le même sujet revient, sous d'autres formes, avec plus de rancœur. Gottman insiste sur l'importance des « tentatives de réparation », ces gestes (dont une excuse) qui désamorcent un conflit avant qu'il ne s'enlise, et sur la nécessité que l'autre y soit réceptif. Sans elles, un couple s'use.
Une distance qui s'installe. À force de ne pas se sentir entendu(e), on arrête de dire. On se tait, on se protège, et l'on s'éloigne. Le silence qui en découle ressemble à ce que décrit l'article sur le silent treatment, même si, ici, l'origine est la blessure et non la punition.
Un effet sur le désir. Il est difficile de se rapprocher physiquement de quelqu'un qui ne reconnaît pas ce qu'il a provoqué. Le désir a besoin de sécurité, et l'absence de réparation en retire.
Comment en parler sans déclencher la défense : partir du fait, nommer ce que l'on ressent, laisser une porte de sortie
Si vous attendez des excuses qui ne viennent pas, la manière dont vous abordez le sujet joue énormément. Une personne qui se sent attaquée se défend, et plus elle se défend, moins elle peut s'excuser. L'objectif n'est pas de ménager l'autre à vos dépens, mais de rendre l'excuse possible.
| Ce qui déclenche la défense | Ce qui laisse de la place à l'excuse |
|---|---|
| « Tu es toujours comme ça, tu ne t'excuses jamais. » | « Hier, quand tu as dit ça devant tes amis, je me suis senti(e) humilié(e). » |
| « Tu m'as fait exprès de me blesser. » | « Je ne pense pas que tu l'aies voulu, mais voilà ce que cela m'a fait. » |
| Aborder le sujet en plein conflit, à chaud. | Attendre que l'émotion retombe, proposer un moment calme. |
| Énumérer tous les torts passés. | Rester sur un seul fait, précis et récent. |
| Exiger : « Excuse-toi maintenant. » | Dire ce dont on a besoin : « J'aimerais que tu reconnaisses que ça m'a fait mal. » |
Partir du fait. Décrivez ce qui s'est passé de façon précise, sans interprétation : « Quand tu as éteint la conversation en quittant la pièce... ». Un fait se discute difficilement, un procès d'intention déclenche aussitôt la défense.
Parler de ce que vous ressentez. « Je me suis senti(e) seul(e), j'ai eu peur que cela ne compte pas pour toi. » Ce n'est pas une accusation, c'est une information. Elle est plus difficile à contester qu'un reproche.
Laisser une porte de sortie honorable. C'est la clé. Si la personne n'a qu'une option, s'excuser en perdant la face, elle ne le fera pas. Offrez-lui une alternative qui préserve sa dignité : « Je sais que ce n'est pas facile à entendre. Tu n'as pas besoin de répondre tout de suite. » Parfois, l'excuse arrive le lendemain, dans un autre contexte, maladroite mais réelle. Reconnaissez-la, même imparfaite, plutôt que de la dévaluer par un « enfin ! ».
Accepter que le rythme soit différent. Certaines personnes ont besoin de temps pour passer de la honte à la culpabilité, la seule qui rend l'excuse possible. Cela ne veut pas dire qu'il faut tout attendre sans rien dire, mais qu'une excuse forcée n'a pas la même valeur qu'une excuse qui mûrit.
Vous êtes celui ou celle qui ne s'excuse pas : apprendre à le faire
Si vous vous reconnaissez, sachez d'abord ceci : cette difficulté n'est pas un défaut de caractère figé. S'excuser est une compétence, qui s'acquiert comme les autres, pas à pas.
Repérer le moment où la défense se déclenche. Quelle sensation avez-vous dans le corps quand votre partenaire vous fait un reproche ? Une chaleur, un serrement, une envie de répondre aussitôt ? Cette sensation est le signal. La reconnaître, c'est déjà prendre un peu de distance.
Séparer l'acte de l'identité. Remplacez « je suis nul(le) » par « j'ai fait quelque chose qui l'a blessé(e) ». La deuxième phrase est vraie, supportable, et réparable. C'est le passage de la honte vers la culpabilité.
Écouter avant d'expliquer. Lorsque votre partenaire est blessé(e), il ou elle a besoin que cette blessure soit entendue, puis réparée. Pas minimisée, et pas justifiée à peine la discussion commencée. Il y a un temps pour expliquer comment vous en êtes arrivé(e) là, il vient après. Expliquer n'est pas justifier : on peut dire pourquoi on a fait quelque chose sans en faire une défense.
| À éviter | À privilégier |
|---|---|
| « Désolé(e) si tu l'as mal pris. » | « Je suis désolé(e) de t'avoir blessé(e). » |
| « Je m'excuse, mais tu as aussi... » | « Je m'excuse. » (point final, le reste vient plus tard) |
| « Ce n'était pas si grave. » | « Je comprends que ça t'ait fait mal. » |
| « J'étais fatigué(e), c'est pour ça. » | « Voilà ce qui s'est passé de mon côté, et ça ne l'excuse pas. » |
| S'excuser pour que la tension retombe. | S'excuser parce qu'on a compris ce que l'autre a vécu. |
Nommer ce que vous ferez différemment. Une excuse complète comporte trois choses : la reconnaissance de l'acte, la reconnaissance de son effet sur l'autre, et l'engagement de faire autrement quand c'est possible. Ce troisième élément, souvent oublié, est celui qui rend l'excuse crédible.
Commencer petit. S'excuser pour un retard, pour un mot de travers, pour un oubli. Ces petites excuses créent de l'habitude et montrent à votre cerveau que le monde ne s'effondre pas. Elles préparent les grandes.
Enfin, si l'idée de dire « pardon » déclenche une angoisse forte, c'est probablement que la honte est ancienne et profonde. C'est précisément le type de travail qui avance mieux en séance, à votre rythme.
Quand se dire qu'il faut une aide extérieure
Beaucoup de couples essaient de régler seuls ce genre de blocage, parce qu'il paraît « petit » ou parce qu'on a peur de se le faire reprocher en séance. Pourtant, certains signaux indiquent qu'un accompagnement serait précieux.
Les mêmes disputes reviennent sans jamais se conclure. Si le sujet est abordé des dizaines de fois sans qu'une seule fois la blessure soit reconnue, un tiers neutre peut permettre de dire ce qui ne se dit pas à deux.
Vous n'osez plus parler. Vous avez cessé de soulever les sujets douloureux, car vous savez comment cela va finir. Ce silence est un signal d'alerte, il n'est pas de la paix.
Vous vous excusez toujours en premier, même quand ce n'est pas vous. C'est le signe d'une charge relationnelle déséquilibrée qui finit par épuiser.
La défense prend la forme d'attaques ou de mépris. Si les échanges deviennent blessants, avec des reproches globaux, des moqueries ou des humiliations, l'urgence est plus grande.
Vous doutez de votre propre perception. Quand on ne sait plus si l'on exagère ou non, un regard extérieur aide à remettre les choses à leur place.
La difficulté à s'excuser est ancienne et dépasse le couple. Elle touche aussi le travail, les amitiés, la famille. Un accompagnement individuel permet d'en comprendre l'origine.
En séance de couple, nous prenons le temps de comprendre ce que chacun vit quand une excuse manque ou quand une excuse est demandée, et de construire des repères où réparer devient possible sans humiliation. Un accompagnement individuel peut aussi aider celui ou celle qui sent que la honte bloque tout. Je reçois en cabinet à Quint-Fonsegrives ou en visio, partout en France.
Ne pas s'excuser n'est pas une preuve que la personne ne vous aime plus. C'est le plus souvent un signal que quelque chose en elle est trop douloureux pour être regardé seul. Et dans la plupart des cas, avec un cadre sûr, cela peut changer.

J’accompagne les personnes et les couples à mieux vivre leur relation et leur sexualité. En cabinet à Quint-Fonsegrives lun–ven. En visio lun–dim.En savoir plus →
