Et si les menstruations n’étaient pas la fin de votre vie sexuelle, mais simplement une page que personne n’a osé lire à voix haute ? Parlons Règles et Sexualité
La scène est familière : les règles arrivent, et avec elles, une sorte de mise entre parenthèses tacite. On range les dessous chics, on prévient le partenaire d’un mot vague — « j’ai mes règles » —, et la sexualité s’efface, sans discussion, sans nuance, sans qu’on se demande vraiment si c’est ce qu’on veut. Ce silence n’est pas anodin. Il est le produit d’un conditionnement long, profond, souvent invisible. Cet article propose de le nommer, de le déconstruire, et d’ouvrir un espace de dialogue plus juste — pour vous, pour vos partenaires, pour le couple que vous formez.
1. « Indisposée » : comment le langage a fabriqué notre rapport aux règles
En français, on dit encore couramment qu’une femme qui a ses règles est « indisposée ». Ce mot mérite qu’on s’y arrête. Indisposée. Comme si les menstruations rendaient une femme inapte, hors service, temporairement retirée de la circulation. Ce n’est pas neutre. Le vocabulaire que nous utilisons façonne notre perception de nos propres corps.
Dans de nombreuses familles et à l’école, l’éducation autour des règles se résume à quelques informations physiologiques minimales : le cycle, l’utérus qui se prépare à accueillir un embryon, les serviettes et les tampons. Ce qu’on n’enseigne presque jamais, c’est le rapport au corps vivant dans tout ce qu’il implique — y compris le désir, le plaisir et l’intimité.
Les premières règles sont souvent vécues dans la honte ou dans une gêne mal dissimulée. On nous apprend à les cacher, à ne pas en parler en public, à dissimuler l’emballage d’une serviette dans sa manche en allant aux toilettes. Ce conditionnement précoce installe une idée durable : les règles sont quelque chose de sale, de privé, d’inavouable. Et ce qui est honteux ne peut pas, par extension, cohabiter avec le désir ou le plaisir.
Le message implicite est limpide : pendant cette période, le corps est hors jeu. Et beaucoup de femmes ont intégré ce message si profondément qu’elles ne le questionnent plus. Elles se mettent « en pause » non pas parce qu’elles en ont envie, mais parce qu’elles pensent que c’est ce qu’on attend d’elles — ou pire, parce qu’elles ont honte de ne pas être en pause.
Le poids de l’éducation religieuse et culturelle
Les croyances religieuses et les traditions culturelles ont également joué un rôle majeur dans la construction de ce tabou. Dans de nombreuses traditions, la femme menstruée est considérée comme impure. Dans certaines lectures religieuses, les rapports sexuels pendant les règles sont explicitement interdits. Même pour les personnes qui ne se revendiquent d’aucune appartenance religieuse, ces représentations ont imprégné les mentalités collectives. On n’a pas besoin de pratiquer une religion pour en avoir intégré les codes.
Résultat : des générations de femmes ont appris que leur corps menstruel est un corps problématique, encombrant, à gérer avec discrétion — et surtout, à tenir à l’écart de la sexualité.
2. Le désir ne prend pas de congé mensuel
Voici une réalité que peu de femmes s’autorisent à formuler : on peut avoir envie de sexe pendant ses règles. Pas toutes. Pas tout le temps. Pas de la même façon. Mais le désir ne disparaît pas systématiquement avec l’arrivée des menstruations. Pour certaines femmes, il est même plus intense pendant cette période.
Sur le plan hormonal, les premières et dernières heures des règles peuvent s’accompagner d’une légère hausse de testostérone, ce qui peut amplifier le désir sexuel. La congestion pelvienne liée aux règles peut aussi augmenter la sensibilité génitale. Le corps, physiologiquement, n’est pas en mode « pause » — il est en mouvement, vivant, parfois très réceptif.
Et pourtant, combien de femmes se permettent de reconnaître ce désir, d’en parler à leur partenaire, de l’exprimer sans honte ? Très peu. Parce que l’éducation reçue leur a dit que ce désir-là n’est pas légitime. Qu’il faut l’étouffer. Que l’exprimer, c’est indécent.
Se priver par anticipation du jugement de l’autre
L’une des dynamiques les plus silencieuses est celle-ci : avant même que le partenaire ait dit quoi que ce soit, la femme a déjà décidé à sa place. Elle suppose qu’il sera dégoûté, gêné, réticent. Elle protège — elle croit — la relation en se privant d’elle-même. C’est une forme d’autocensure du désir, exercée non pas par manque de désir, mais par anticipation d’un rejet qui n’a peut-être jamais été exprimé.
Cette dynamique empêche toute conversation réelle. Elle installe une règle du jeu implicite que personne n’a vraiment choisie, mais que tout le monde respecte. Et avec le temps, elle devient une habitude, puis une norme, puis une évidence.
Et quand le désir est absent ? C’est légitime aussi
Il est tout aussi important de dire l’inverse : certaines femmes n’ont aucune envie de sexe pendant leurs règles, et c’est parfaitement normal. Douleurs, fatigue, sensibilité émotionnelle accrue, sensation d’inconfort physique — les raisons sont nombreuses et tout aussi valides. Il ne s’agit pas de s’imposer une sexualité pendant les règles parce qu’un article l’encourage. Il s’agit de choisir, en conscience, ce qui nous convient — à nous, et à notre couple.
L’objectif n’est pas de normaliser le sexe pendant les règles en tant que pratique universelle. C’est de dénormaliser le silence autour du sujet. C’est de remplacer le tabou par la conversation.
3. Le tabou dans le couple : ce qu’on ne dit pas (et ce que ça coûte)
Dans beaucoup de couples, les règles s’annoncent comme une zone rouge sur une carte. On n’y entre pas. On n’en parle pas. On attend que ça passe. Ce silence est souvent présenté comme du respect — « je ne veux pas lui mettre la pression » — mais il peut aussi être une façon de ne pas s’exposer, de ne pas risquer une conversation gênante ou un moment de vulnérabilité.
Ce non-dit a des conséquences concrètes sur la vie du couple. Il fabrique une distance. Il installe une routine de retrait qui peut durer cinq, sept, dix jours par mois — soit parfois plus de deux mois par an d’une forme d’intimité en moins. Pas seulement physique, mais émotionnelle.
Ce que le partenaire ne sait pas — et ce qu’on ne lui demande pas de savoir
Les partenaires (et on parle ici principalement des partenaires masculins, bien que la réflexion vaille pour toute configuration) se retrouvent souvent dans une position inconfortable qu’on ne leur a pas demandé de gérer. On leur a dit — implicitement ou explicitement — qu’il ne faut pas toucher pendant les règles. Ils ont intégré ce message. Certains ressentent alors une frustration qu’ils n’osent pas exprimer, par peur de passer pour quelqu’un d’insensible ou d’égoïste.
D’autres se sentent simplement exclus. Pas d’une activité sexuelle — mais de leur partenaire. Ils voient qu’elle souffre, qu’elle est fatiguée, qu’elle a mal. Ils voudraient aider, être là, mais ils ne savent pas comment. Et comme personne ne leur a donné les outils pour naviguer cette période avec elle, ils restent à distance, par défaut.
Ce n’est pas une question d’égoïsme ni de manque de sensibilité. C’est une lacune d’éducation partagée. Les deux partenaires ont reçu le même message : pendant les règles, on s’écarte. Aucun des deux n’a appris à faire autrement.
La frustration silencieuse : ni tabou à sens unique
Il serait inexact de présenter le tabou comme un problème uniquement féminin. Les partenaires aussi le vivent. Celui qui ressent du désir pendant la période de règles de sa partenaire peut se sentir coupable — comme si ce désir était illégitime, indécent, irrespectueux. Celui qui ne ressent pas de frustration particulière peut se sentir indifférent, et en culpabiliser aussi.
Dans les deux cas, le tabou crée une prison. Pas une prison de désir non assouvi — une prison de non-communication, de suppositions non vérifiées, de besoins non exprimés. Et les prisons relationnelles, même bien intentionnées, finissent toujours par coûter quelque chose au couple.
4. Comment parler de sexualité et de règles dans son couple ?
La question n’est pas « faut-il avoir des rapports pendant les règles ? ». La question est : « Comment parler librement de ce qu’on veut et de ce dont on a besoin pendant cette période ? » C’est différent. Et c’est beaucoup plus vaste.
Choisir le bon moment pour la conversation
Aborder le sujet au moment même où les règles arrivent n’est pas toujours idéal. Le corps est déjà engagé dans un processus, les émotions peuvent être plus vives, et la conversation risque d’être teintée d’urgence ou de tension. Il peut être plus facile d’en parler à un moment neutre — ni pendant les règles, ni pendant un moment d’intimité — simplement au détour d’une conversation tranquille.
« J’aimerais qu’on puisse parler de ce qu’on vit tous les deux pendant mes règles. Comment tu te sens pendant cette période ? Qu’est-ce que tu aurais envie d’exprimer ? » Ce type d’ouverture désarme les défenses et invite à un vrai dialogue, plutôt qu’à une négociation ou une justification.
Parler de soi plutôt que de l’autre
Les conversations sur la sexualité fonctionnent mieux quand elles partent du « je » plutôt que du « tu ». « J’ai parfois envie d’intimité même pendant mes règles » est moins menaçant que « tu n’es jamais disponible pour moi à ce moment-là ». Le premier ouvre. Le second ferme. Il ne s’agit pas de marcher sur des œufs — il s’agit de créer les conditions pour que l’autre puisse vraiment vous entendre.
De la même façon, le partenaire qui ressent une frustration peut la nommer sans l’imposer : « Je voulais te dire que parfois je me sens un peu mis à distance pendant tes règles, pas parce que j’attends quelque chose de toi, mais parce que j’aurais envie de trouver d’autres façons d’être proche de toi si tu en as envie aussi. »
Explorer ce que « intimité » signifie au-delà de la pénétration
L’une des grandes libertés que peut offrir cette conversation, c’est d’élargir la définition même de la sexualité et de l’intimité. Si la pénétration est inconfortable ou non désirée pendant les règles, cela ne signifie pas que l’intimité physique doit s’arrêter complètement. Les caresses, les massages, la stimulation clitoridienne, les baisers, la masturbation mutuelle, les câlins sensuels — il existe un spectre très large de ce qu’un couple peut explorer et partager.
Pour certaines femmes, les orgasmes pendant les règles peuvent même soulager les crampes, grâce aux contractions utérines qu’ils provoquent. Le plaisir peut être thérapeutique. Mais encore faut-il se permettre d’y accéder.
Mettre en place des rituels d’intimité non sexuelle
Pour les femmes qui ne veulent aucune sexualité pendant leurs règles — ce qui est une position tout à fait valide —, il peut être précieux de réfléchir avec son partenaire à ce qui peut maintenir la connexion émotionnelle pendant cette période. Un massage des pieds, un film regardé ensemble, un rituel de soin partagé, une conversation plus profonde que d’habitude… L’intimité relationnelle n’a pas besoin de passer par le sexe. Mais elle a besoin d’être nourrie.
Ce type de rituel peut aussi permettre au partenaire de ne pas se sentir simplement « écarté », mais inclus dans la période de règles d’une façon qui lui correspond — et qui correspond à sa partenaire.
5. Le rôle du partenaire : ni absent, ni intrusif
On parle beaucoup de ce que les femmes ressentent pendant leurs règles. On parle beaucoup moins de ce que le partenaire peut vivre — et encore moins de ce qu’il peut faire de constructif pendant cette période. C’est une lacune importante, parce que le partenaire n’est pas un accessoire passif. Il est une partie prenante de la vie intime du couple, y compris pendant les menstruations.
Sortir de la posture du spectateur
Beaucoup de partenaires se retrouvent dans une posture de spectateur pendant les règles : ils observent leur partenaire souffrir, ils attendent que ça passe, ils ne savent pas s’ils peuvent proposer quelque chose ou s’ils doivent se faire discrets. Cette incertitude crée souvent de la distance, et parfois une forme de maladresse qui peut être interprétée comme de l’indifférence.
Or, être présent pendant les règles ne signifie pas être intrusif. Cela peut signifier demander simplement : « Est-ce que tu as besoin de quelque chose ? Est-ce que tu préfères être seule ou qu’on soit ensemble ? » Ces questions, banales en apparence, font une différence énorme. Elles disent à la partenaire : « Tu existes, cette période m’importe, je ne suis pas absent. »
Apprendre à connaître le cycle de sa partenaire
Les cycles menstruels varient d’une femme à l’autre — et parfois d’un cycle à l’autre chez la même femme. Certaines ont des douleurs intenses pendant les deux premiers jours, puis se sentent bien. D’autres sont épuisées tout au long. D’autres encore sont émotionnellement plus sensibles en phase prémenstruelle et physiquement plus disponibles une fois les règles installées.
Prendre le temps — ensemble — de cartographier ce que le cycle représente pour la femme concernée est un acte d’amour concret. Ce n’est pas une démarche clinique. C’est simplement dire : « Je veux comprendre comment tu fonctionnes, pour être un meilleur partenaire. »
Gérer sa propre frustration sans la déposer
Si le partenaire ressent de la frustration — ce qui peut arriver, et n’est pas en soi un problème —, il est important qu’il puisse la reconnaître sans la déposer sur sa partenaire. La frustration est une information émotionnelle. Elle peut être gérée de façon autonome (masturbation, sport, activité créative), partagée lors d’une conversation calme et bienveillante, ou simplement traversée. Ce qu’elle ne devrait pas devenir, c’est une pression muette exercée sur la femme qui a ses règles.
De la même façon, si le partenaire n’a aucune frustration particulière — s’il est simplement heureux de prendre soin, d’être là, sans attente sexuelle —, il peut le dire. Ce n’est pas une évidence pour la femme en face. L’entendre peut être libérateur.
6. Sexualité pendant les règles : ce qu’il faut savoir concrètement
Si vous envisagez d’explorer la sexualité pendant vos règles, quelques informations pratiques peuvent rendre l’expérience plus confortable et plus sereine.
La question de l’hygiène
C’est souvent la première barrière évoquée. Le sang menstruel est un fluide corporel comme les autres — pas plus dangereux, pas plus sale. Des précautions simples peuvent faciliter les choses : une serviette ou un drap imperméable sous vous, une douche avant ou après, des pénétrations moins profondes si la sensibilité est plus élevée. Beaucoup de couples qui franchissent ce pas témoignent que la réalité est bien moins dramatique qu’ils ne l’imaginaient.
La question du risque de grossesse
Il est faible pendant les règles, mais pas nul. Certains spermatozoïdes peuvent survivre plusieurs jours dans les voies génitales, et l’ovulation peut être précoce dans des cycles courts. L’utilisation d’une contraception reste donc pertinente si vous ne souhaitez pas de grossesse.
La question des infections
Le risque de certaines infections sexuellement transmissibles peut être légèrement plus élevé pendant les règles, car le col de l’utérus est légèrement plus ouvert. L’utilisation d’un préservatif reste une mesure de protection efficace. Si vous êtes dans une relation établie et que vous êtes tou·te·s les deux séronégatif·ve·s et sans IST en cours, ce point concerne moins votre situation — mais il est utile à connaître.
Les pratiques alternatives
Pour celles qui souhaitent maintenir une forme d’intimité physique sans pénétration vaginale, les options sont nombreuses : stimulation clitoridienne manuelle ou orale, utilisation de jouets, stimulation mutuelle, pratiques impliquant d’autres zones érogènes. Le corps ne se limite pas à ses flux menstruels. Il reste un espace de plaisir potentiel, à explorer selon ce qui vous correspond.
L’orgasme comme soulagement
Plusieurs études ont mis en évidence que l’orgasme peut réduire les douleurs menstruelles. Les contractions utérines qui l’accompagnent contribuent à l’évacuation du flux et peuvent diminuer l’intensité des crampes. Pour certaines femmes, c’est une découverte libératrice. Pour d’autres, les douleurs sont trop intenses pour que l’idée soit attrayante. Comme toujours, il n’y a pas de bonne réponse universelle — seulement la vôtre.
7. Et quand les règles sont vraiment invalidantes ?
Il serait malhonnête de ne pas aborder ce cas de figure, qui concerne une proportion significative de femmes : celles pour qui les règles sont une période de douleur intense, de fatigue profonde, ou de détresse physique et émotionnelle. Pour elles, la question de la sexualité pendant les règles n’est pas un tabou à déconstruire — c’est simplement hors de portée, et ça n’a rien d’un manque de désir ou d’une inhibition.
Reconnaître et nommer ce qui se passe
Les douleurs menstruelles sévères (dysménorrhée), l’endométriose, le syndrome prémenstruel intense (SPM) ou le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) sont des réalités médicales qui méritent d’être prises au sérieux — par les femmes elles-mêmes, par leurs partenaires, et par les professionnels de santé qu’elles consultent. Ces conditions ne sont pas des « caprices » ou des « fragilités ». Elles ont un impact réel sur la vie quotidienne, y compris la vie sexuelle.
Nommer ce qui se passe est déjà une forme de communication importante avec son partenaire. « Je suis vraiment HS pendant mes règles, ce n’est pas contre toi, c’est physiquement compliqué pour moi » est une information précieuse. Elle permet au partenaire de comprendre, d’ajuster ses attentes, et de trouver sa place autrement.
Le rôle du partenaire quand la femme est vraiment indisposée
Dans ces situations, le rôle du partenaire n’est pas d’attendre passivement ni de subir. C’est d’être présent d’une façon adaptée : une bouillotte, un massage doux, gérer les tâches du quotidien sans qu’on le lui demande, offrir de la présence sans exigence. Ces gestes de soin sont eux-mêmes une forme d’intimité. Ils disent : « Tu comptes, ta souffrance compte, je suis là même quand il ne se passe rien de sexuel entre nous. »
Et si le partenaire se sent en difficulté avec cette période — s’il ressent de la frustration, de la tristesse, ou simplement ne sait pas comment être utile —, il peut en parler. Pas pendant une crise de douleur. Mais à un moment calme, pour dire ce qu’il vit et trouver ensemble ce qui fonctionnerait mieux.
Conclusion : et si on arrêtait de faire semblant ?
Les règles ne sont pas la fin de la sexualité. Ni le début d’une corvée à gérer en silence.
Ce sont sept jours — parfois moins, parfois plus — pendant lesquels le corps féminin traverse quelque chose. Quelque chose de réel, de variable, de complexe. Et pendant ces jours, le désir peut être là ou absent. La douleur peut être légère ou intense. L’envie de connexion peut être forte ou nulle. Toutes ces réalités méritent d’exister dans le couple — pas d’être rangées sous un tapis collectif de politesse et de honte héritée.
La sexologie n’est pas là pour vous dire quoi faire. Elle est là pour vous donner les outils pour décider par vous-mêmes — vraiment, librement, en couple. Et le premier outil, c’est la conversation. Celle qu’on n’a pas encore osé avoir. Celle qui commence par « parlons de ce qu’on vit pendant mes règles ».
Si vous sentez que ce sujet bloque quelque chose dans votre relation ou dans votre rapport à votre propre sexualité, une consultation avec une sexologue peut vous aider à débloquer ces nœuds. Non pas pour normaliser une pratique ou en décourager une autre, mais pour vous aider à habiter votre sexualité avec davantage de liberté et de clarté.
— Élodie, sexologue à Toulouse
FAQ — Règles et sexualité : vos questions fréquentes
1. Peut-on avoir des rapports sexuels pendant les règles ?
Oui, c’est tout à fait possible. Il n’existe aucune contre-indication médicale généralisée. Ce qui compte, c’est le consentement et le confort des deux partenaires. Certains couples le font régulièrement, d’autres jamais — et les deux options sont valides. Ce qui n’est pas valide, c’est de ne jamais en avoir parlé.
2. Est-ce que le désir disparaît forcément pendant les règles ?
Non. Le désir est variable et individuel. Certaines femmes rapportent une augmentation de leur désir en début ou en fin de cycle, liée à des fluctuations hormonales. D’autres n’ont aucune envie pendant cette période. Il n’existe pas de « normal » universel — il existe votre réalité, qui mérite d’être reconnue et communiquée.
3. Comment aborder ce sujet avec mon partenaire si on n’en a jamais parlé ?
Choisissez un moment neutre, loin des règles elles-mêmes et d’un moment d’intimité. Utilisez le « je » pour parler de votre vécu : « J’aimerais qu’on puisse parler de comment on vit cette période tous les deux. » La curiosité et la bienveillance sont vos meilleurs alliés. Ce n’est pas une négociation — c’est une invitation à se connaître mieux.
4. Mon partenaire dit qu’il n’est pas dégoûté, mais j’ai du mal à le croire. Que faire ?
C’est une réaction très fréquente. Le conditionnement intégré pendant l’enfance et l’adolescence peut créer une dissonance entre ce que l’autre dit et ce qu’on est capable d’entendre. Il peut être utile d’explorer, en thérapie ou en consultation sexologique, d’où vient cette difficulté à vous croire désirable et légitime dans votre corps menstruel. Ce travail appartient d’abord à vous, même s’il bénéficiera à votre couple.
5. Mon partenaire ressent de la frustration pendant mes règles. Comment gérer ça ?
La frustration du partenaire est une réalité légitime — à condition qu’elle ne se transforme pas en pression. Un couple peut traverser ces périodes sainement si les deux partenaires peuvent exprimer leur vécu sans attente d’une réponse précise. Vous n’êtes pas responsable de gérer la frustration de l’autre. Mais vous pouvez, ensemble, chercher ce qui permet à chacun de se sentir considéré, même sans activité sexuelle.
6. Est-ce que les orgasmes soulagent vraiment les crampes ?
Pour certaines femmes, oui. L’orgasme provoque des contractions utérines qui peuvent aider à l’expulsion du flux menstruel et réduire la tension musculaire responsable des crampes. La libération d’endorphines joue également un rôle analgésique. Cela ne fonctionne pas pour toutes, mais si vous n’avez jamais essayé, cela peut valoir la peine d’explorer — seule ou avec un partenaire, selon ce qui vous convient.
7. J’ai mes règles douloureuses depuis des années. Est-ce normal ?
Non, des règles sévèrement douloureuses (qui vous empêchent de fonctionner normalement) ne sont pas une fatalité. Elles peuvent signaler une endométriose, des fibromes, ou d’autres conditions gynécologiques qui méritent une prise en charge médicale. Consultez un gynécologue si vos règles sont invalidantes. Et sachez qu’une prise en charge appropriée peut changer significativement votre qualité de vie, y compris sexuelle.
8. Peut-on tomber enceinte en ayant des rapports pendant les règles ?
Oui, même si le risque est faible. Les spermatozoïdes peuvent survivre plusieurs jours dans le tractus génital, et certains cycles courts peuvent entraîner une ovulation précoce. Si vous ne souhaitez pas de grossesse, maintenir votre contraception habituelle pendant les règles reste conseillé.
9. Est-ce hygiéniquement compliqué ?
Moins que vous ne l’imaginez probablement. Une serviette ou un alèse imperméable, une douche avant ou après, et une communication simple avec votre partenaire suffisent dans la plupart des cas. Beaucoup de personnes qui ont franchi ce pas disent que l’appréhension était bien plus grande que la réalité.
10. Et si je n’ai tout simplement pas envie — pendant mes règles ou autrement ?
C’est votre droit le plus absolu. La sexualité n’est ni une obligation, ni une performance. L’absence de désir pendant les règles — ou à d’autres moments — est une information sur votre état, pas un problème à résoudre. Ce qui mérite attention, c’est si cette absence de désir vous pèse ou crée une souffrance. Dans ce cas, une consultation sexologique peut vous aider à y voir plus clair, sans jugement.

