Beaucoup de personnes traversent les moments sexuels en se regardant de l’extérieur. En pensant à leur corps. En se demandant si elles font bien, si elles plaisent. Cette forme de gêne est si fréquente qu’elle a un nom en sexologie : le spectatoring. Et elle étouffe le plaisir avant même qu’il puisse émerger.
Ce qu’est la gêne sexuelle : plusieurs visages
La gêne pendant le sexe peut prendre plusieurs formes. La honte du corps (le ventre, les cuisses, les bruits, les odeurs). La peur de ne pas être à la hauteur. La gêne de montrer du plaisir ou d’exprimer ce qu’on aime. Toutes ces formes ont une chose en commun : elles mettent une distance entre la personne et son corps, entre la personne et le moment.
Le spectatoring : se regarder au lieu d’être là
William Masters et Virginia Johnson ont décrit ce phénomène dans les années 1960 : la personne se dédouble pendant le sexe. Une partie est là. L’autre observe, évalue, juge. Cette division de l’attention est directement liée à l’anxiété de performance et bloque le plaisir. On ne peut pas être présent et observateur de soi-même en même temps.
« Je n’avais jamais été vraiment là pendant le sexe. Je pensais tout le temps à mon corps, à ce que l’autre pensait, à si je faisais bien. J’ai mis des années à comprendre que c’est pour ça que je ne jouissais pas. Pas parce que mon corps avait un problème — parce que j’y étais rarement vraiment."
D’où vient la gêne : les sources multiples
La gêne sexuelle peut venir d’une éducation qui a associé sexualité et honte. D’une mauvaise expérience passée. D’une relation difficile à son corps (opérations, prise de poids, changements postpartum). D’un standard esthétique intériorisé qui ne ressemble pas à soi. Aucune de ces origines ne fait de la gêne une fatalité. Chacune peut être travaillée.
Comment se libérer progressivement : revenir dans le corps
La libération de la gêne ne passe pas par une décision. Elle passe par un travail progressif de retour dans le corps. Apprendre à remarquer ce qu’on ressent plutôt que ce qu’on croit que l’autre pense. Créer des moments d’intimité sans objectif. Et nommer la gêne à son partenaire, quand c’est possible, est déjà une façon de commencer à s’en libérer.
Vous n’êtes jamais vraiment présent pendant le sexe et vous voudriez changer cela.
En parler avec Élodie →Vous vous regardez de l’extérieur pendant le sexe plutôt que d’être présent.
La honte de votre corps vous empêche de vous laisser aller.
Vous n’arrivez pas à montrer du plaisir même quand vous en ressentez.
La gêne s’est installée après une expérience difficile.
Vous voulez comprendre d’où vient votre gêne et comment la traverser.
La gêne après une expérience douloureuse : quand le corps se souvient
La gêne sexuelle peut être amplifiée, voire installée, par une expérience douloureuse passée. Une relation où le corps a été jugé, critiqué, ou non respecté. Une expérience où l’on n’a pas été entendu. Le corps garde la mémoire de ces moments. Et il se protège en restant sur ses gardes dans des situations similaires — même si le partenaire actuel est différent, même si le contexte a changé.
Cette mémoire corporelle n’est pas un défaut. C’est un mécanisme de protection qui a fonctionné à un moment. Le travail consiste à apprendre au corps que le contexte a changé — et que cette protection n’est plus nécessaire ici. Cela prend du temps. Cela demande de la douceur. Et cela se fait rarement seul.
La gêne liée au corps postpartum : une réalité peu dite
Après un accouchement, le rapport au corps change profondément. Le corps a fait quelque chose d’énorme. Il a été montré, touché, médicalisé. Il a changé de forme, de sensation, parfois de fonctionnement. Retrouver une sexualité dans ce corps-là, qu’on n’a pas encore réintégré, peut générer une gêne très réelle — sans que personne n’en parle.
Ce n’est pas que le désir est mort. C’est que le corps a besoin d’être réapproprié. Et cette réappropriation demande du temps, de la douceur, et souvent un espace où on peut en parler.
Ce que la gêne dit de la relation à soi : la confiance en son propre corps
Derrière beaucoup de gênes sexuelles, il y a une relation difficile à son propre corps. Pas nécessairement de la haine de soi — parfois simplement une absence d’habitude d’être présent dans son corps, de l’habiter, de faire confiance à ce qu’il ressent. La sexualité met en scène cette relation à soi de façon particulièrement visible.
Travailler sur la gêne sexuelle, c’est souvent travailler sur la confiance en son propre corps. Apprendre à le regarder avec moins de jugement. À entendre ce qu’il ressent plutôt que ce qu’on pense qu’il devrait ressentir. C’est un travail profond — et il a des effets bien au-delà de la sexualité.

J’accompagne les personnes et les couples à mieux vivre leur relation et leur sexualité. En cabinet à Quint-Fonsegrives lun–ven. En visio lun–dim.
En savoir plus →Ce que le travail sur la gene apporte au-dela de la sexualite : une presence a soi
Travailler sur la gene sexuelle n'est pas un travail limite a la sexualite. C'est un travail sur la relation a son propre corps. Sur la capacite a etre present dans ce corps, a lui faire confiance, a entendre ce qu'il ressent plutot que ce qu'on pense qu'il devrait ressentir. Ces changements ont des effets bien au-dela du lit. La facon dont on habite son corps au quotidien, la facon dont on se rapporte a ses propres sensations, la confiance dans ses propres perceptions : tout cela evolue quand la gene sexuelle est travaillee.
C'est peut-etre l'un des aspects les moins attendus de ce travail : on commence par vouloir etre moins gene pendant le sexe, et on finit par etre plus present dans sa vie en general. La sexualite est souvent un miroir grossissant de la relation a soi. Ce qu'on y decouvre depasse presque toujours la question de depart.
Ce que l'accompagnement propose concretement : un chemin progressif
Travailler la gene sexuelle ne se fait pas par decision de volonte. Cela se fait par exploration progressive, par une conversation sur ce qu'on ressent et d'ou cela vient. En consultation, on commence souvent par nommer la gene : la decrire, identifier dans quels moments elle s'active, comprendre ce qu'elle protege. Cela seul, parfois, cree un soulagement.
Puis on explore les conditions dans lesquelles la gene diminue. Ce qui aide le corps a se sentir en securite. Ce chemin est progressif et non lineaire. Il y a des avancees et des retours en arriere. Mais dans la grande majorite des cas, quelque chose change. Et ce changement, quand il arrive, est souvent profondement libere de la peur du regard.
La gene sexuelle n'est pas une condition fixe. Elle evolue quand les conditions changent. Quand la securite affective est presente, quand la communication est possible, quand l'espace de l'intimit est libre de jugement, la gene diminue presque toujours. Ce n'est pas automatique. Ce n'est pas immediat. Mais c'est reel.
Questions fréquentes sur
la gêne pendant le sexe
Oui, très fréquent. L’amour ne dissout pas automatiquement la gêne. La gêne vient d’endroits plus profonds que la confiance dans l’autre. Elle demande un travail sur soi.
Hors du moment sexuel, dans un contexte calme. « Je me sens parfois gêné pendant nos moments à deux et je voudrais qu’on en parle" est une ouverture qui crée de la confiance plutôt qu’une révélation difficile à recevoir.
Souvent, oui. Une relation difficile à son propre corps ou à sa propre valeur se reflète dans l’intimité. Travailler sur l’estime de soi change presque toujours quelque chose à la façon de vivre la sexualité.
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